Archi-christologie

M. Michel HENRY
Le Christ - n°130 Mars - Juin 1997 - Page n° 195

La lecture de saint Jean faite ici par Michel Henry n'est pas celle d'un théologien, c'est celle d'un philosophe. Elle s'efforce de donner toute leur rigueur aux paroles inouïes que le Christ prononce sur lui-même : avant qu'Abraham fût, moi je suis, C'est de Dieu que je viens, C'est moi la vérité. Michel Henry nomme archi-christologie ce discours par lequel le Christ affirme la condition qui est la sienne, qui implique de dépasser la question de l'authenticité pour poser celle de la vérité. Quelle sorte de vérité est cette vérité que le Christ est? C'est la Vie. Pour le Christ, accomplir l'œuvre de la révélation, c'est accomplir l'œuvre de la Vérité en tant qu'elle est la Vie, soit, selon saint Jean, témoigner. Ce dont le Christ témoigne, c'est de l'intériorité réciproque du Père et du Fils, que la révélation étend de façon stupéfiante à tous les hommes. Ainsi le christianisme ne comprend plus l'homme à partir du monde, mais met au jour l'unique possibilité pour cet homme de dire « moi » : se concevoir comme fils de Dieu. L'élucidation phénoménologique de la Vie permet de comprendre l'être de l'homme comme fils dans le Fils.

Dès que le christianisme fit irruption dans notre monde, il suscita un immense effort de pensée tendant à rendre compréhensibles aux hommes les vérités extraordinaires dont il était porteur. Le christianisme n'est pas une philosophie, mais une religion, c'est-à-dire un ensemble de pratiques. En l'occurrence il s'agit de « sacrements » mais aussi d'une éthique. La religion (religio) étant le lien intérieur qui unit l'homme à Dieu, les pratiques religieuses consistent dans l'actualisation phénoménologique de ce lien. Dans cette union vécue avec Dieu, la vie du fidèle est transformée. A quel point cette transformation qui signifie le salut est étrangère à tout ce que nous entendons sous le nom de science ou de connaissance, cette parole du Christ suffit à l'établir : « Je te loue, ô Père,... pour avoir caché cela à ceux qui ont la science et la connais-sance, et pour l'avoir révélé aux tout petits » (Matthieu, 11, 25).

Pour autant cependant qu'il comporte des propositions de ce genre, lesquelles s'organisent en un ensemble de « dogmes », le christianisme s'offre à une approche conceptuelle. A l'époque de son apparition, ce fut la philosophie régnante, la philosophie grecque, qui proposa des possibilités d'interprétation dont allaient naître les grandes théologies. Ainsi y eut-il successive-ment des approches platoniciennes, néoplatoniciennes, aristoté-liciennes qui dominent encore la pensée religieuse. Dans la mesure où le Christ occupe dans le christianisme une place cen-trale, ces théologies devaient impliquer autant de « christologies » comme moments essentiels de leur construction. Ce fut surtout à l'époque moderne, notamment chez les romantiques, que la thématique christologique revêtit une forme autonome 1. Autonomie relative malgré tout : l'interprétation spéculative se réfère nécessairement à une donne primitive, à une sorte d'archi-christologie inscrite dans la parole même des Écritures et dont la christologie philosophique n'est qu'une tentative d'élucidation et de conceptualisation toujours seconde. En quoi consiste l'Archi-christologie contenue dans la Parole? Com-ment la reconnaître et s'en assurer? [...]

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