Les vivants et les morts

M. Olivier BOULNOIS
La sépulture - n°118 Mars - Avril 1995 - Page n° 9

Jamais la mort n'a été plus occultée qu'aujourd'hui, ni sans doute mieux dissimulée1. S'il est vrai que l'on meurt toujours seul (malgré son « entourage »), jamais la mort n'a pris davantage la forme de la solitude (sans « entourage »). Le mourant d'aujourd'hui doit être discret, et son cadavre vite évacué. La solitude s'est faite isolement, et l'isolement désolation. La mort a cessé d'être fréquentable. Mais plus la mort est occultée, plus elle est obsédante : jamais non plus l'angoisse devant la mort n'a été aussi grande. D'où ce qui apparaît aux temps naïfs que sont les nôtres comme un paradoxe : plus notre société s'évertue à cacher la mort dans le monde visible, plus la mort est présente dans le monde intérieur des pensées et des fantasmes. Les morts imaginaires nous envahissent dans la mesure même où les morts réelles nous deviennent insupportables – terribles, elles l'ont toujours été : intolérables, voilà peut-être qui est moderne.

Le deuil est ce dont notre société manque le plus : c'est-à-dire ce qui donne à la mort la visibilité qui convient. Non pas n'importe quelle visibilité, images démultipliées de corps [...]

 

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1. L'hebdomadaire Le Point en fait le constat : voir son n° 1169, 11 février 1995, p. 75-82. En encadré p. 80 : « L'escamotage de la mort a été tel que dans les villes nouvelles aucun cimetière n'est prévu à l'origine. » Voir aussi M.F. BACQUÉ, Le Deuil à vivre, éd. Odile Jacob, 1992.


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