Les martyrs

Gérard CHOLVY
La Révolution - n°83 Mai - Aout 1989 - Page n° 47

Incomparables tant aux « martyrs » révolutionnaires qu'à ceux qui prirent les armes pour le roi, il y a eu pendant les persécutions religieuses de la Révolution des martyrs pour la foi chrétienne. Des critères sûrs permettent de ne pas sacrifier leur mémoire, sans faire pour autant le jeu de propagande contre-révolutionnaire.

 

Lorsqu'elle fut devenue une guerre civile, la Révolution française fit des milliers de victimes. Il y eut les martyrs de la liberté, victimes de la Contre-Révolution : Marat, Lepelletier, Chalier, le tambour Bara et le jeune soldat Viala :

« De Bara, de Viala Le sort nous fait envie ».   

Un culte, plus ou moins syncrétique, leur fut rendu tout comme, dans certaines régions, aux « saints » et « saintes patriotes ». Mais, quand ils combattaient aux frontières, les soldats de l'an II furent traités en héros et non en martyrs.

Si les martyrs de la liberté sont tombés victimes de la Contre-Révolution, il est tentant, et cela n'a pas manqué de se produire, de faire avec les victimes de la Révolution des martyrs de la Contre-Révolution, tombés en haine et de Dieu et du roi ; cet amalgame n'est pas sans faire problème à l'historien lorsqu'il veut s'en tenir au cas des seules victimes tombées « in odium fidei », « en haine de la foi ».

 Qu'il y ait eu des martyrs pour la foi chrétienne durant les persécutions religieuses de la Révolution, nul ne saurait le contester, ne serait-ce que du bout des lèvres, comme le déclarait devant son Conseil municipal à Lyon, le 13 juin 1905, Victor Augagneur : dans cette lutte, il « avait pu se trouver quelques victimes intéressantes». Mais, poursuivait-il, le souvenir en devait disparaître, « comme la dernière protestation de toutes les réactions contre la Révolution française ». Deux traditions, deux écoles historiques s'opposent. L'une tend à souligner les violences et l'arbitraire de la période, à rejeter le schisme constitutionnel et ses tenants, et à durcir les oppositions. Influencée par les péripéties de l'histoire politico-religieuse du XIXe siècle et des premières décennies du XXe siècle, plusieurs des historiens de cette école, qui compta de (p.47) nombreux clercs, ont défendu une certaine idée de la France qui ne dissocie pas et la foi et le roi.

L'historiographie libérale, républicaine, dans le droit fil des Lumières, la rejoint curieusement. Sous les dehors d'une science positive, elle s'embarrasse d'un présupposé fondamental, à savoir que toute résistance religieuse sous la Révolution n'a pu être inspirée que par des clercs ou des notables attachés à l'Ancien régime. Le premier titulaire de la chaire d'Histoire de la Révolution à la Sorbonne, Alphonse Aulard, comme l'a bien vu André Latreille (1946) a « minimisé » les « résistances populaires à la déchristianisation ». Derrière lui, de nombreux travaux sont les héritiers de ce courant.

Si l'on ajoute encore que la volonté de réconciliation avec le passé national depuis 1789 a poussé des historiens catholiques à se défier à l'extrême de tous les travaux de l'école contre-révolutionnaire et à mettre des guillemets de part et d'autre du mot martyr, laissant planer le doute sur le bien-fondé des béatifications intervenues depuis 1906, on mesurera combien délicate est la tâche de l'historiographie de notre temps. [...]

 

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