Le triomphe de la femme d'après le Protévangile

André FEUILLET
Né de la Vierge Marie - n°15 Janvier - Février 1978 - Page n° 8

Problématique

Le récit du péché originel, dans la Genèse (Gn 3,15), comporte immédiatement l'annonce d'un salut. C'est pourquoi il dégage très nettement le rôle éminent et spécifique de la fem­me dans cette économie salvatrice.

La première page, 8, est jointe.

  QUAND on veut éclairer par l'Ecriture la dignité de la femme et son rôle dans le plan divin, il faut toujours en revenir aux pre­mières pages de la Genèse. Saint Paul lui-même, souvent accusé de malveillance à l'endroit du monde féminin, se réfère à ces pages tout comme Jésus ; on est amené de cette façon à conclure qu'en dépit de certains textes qui donneraient facilement l'impression contrai­re, l'Apôtre des Gentils, à l'exemple du Christ, voit en l'homme et en la femme des partenaires essentiellement égaux et complémentaires l'un de l'autre, même si sur le plan fonctionnel il affirme une vraie dépen­dance de la femme par rapport à l'homme (1).

Le récit sacerdotal de la création, qui selon les critiques est le plus ré­cent, considère l'être humain dans sa totalité : l'homme et la femme sont ici créés en Même temps comme une unique image de Dieu (Genèse 1, 26-27). Le récit yahviste (2, 18-25) se place à un point de vue différent :

 

(1)       L'affirmation paulinienne de 1 Corinthiens 11, 7 : « La femme est la gloire de l'homme », a maintes fois été entendue à contre-sens ; elle ne signifie pas que la femme n'est qu'un reflet de l'homme, alors qu'elle est comme lui l'image de Dieu, mais qu'elle lui fait honneur et qu'il en est fier. D'après I Corinthiens 11,7, la femme qui prie ou prophétise doit porter sur la tête, non pas sans doute comme on l'a cru si souvent, un signe de la suprématie exer­cée sur elle par son mari, mais bien plutôt un signe de son autonomie et de sa liberté à l'égard de l'homme (exousia). Si en 1 Corinthiens 14, 33-35, l'Apôtre impose le silence aux femmes dans les assemblées chrétiennes, c'est qu'alors il songe à l'enseignement ordi­naire, car il admet tout à fait que les femmes puissent donner un enseignement charisma­tique. Sur tous ces points, nous renvoyons à nos trois études suivantes qui se complètent mutuellement : « Le signe de puissance sur la tête de la femme », Nouvelle Revue Théolo­gique, 1973, p. 241-259: « L'homme gloire de Dieu et la femme gloire de l'homme », Revue Biblique, 1974, p. 161-182 ; « La dignité et le rôle de la femme d'après quelques textes pauliniens », New Testament Studies, Janvier 1975, p. 157-191.

p.8

 

il entend nous faire contempler la femme dans son rôle spécifique, en tant qu'elle se distingue de l'homme et vient en quelque sorte l'achever (2). Aussi la création de la femme est-elle ici séparée au maximum de celle de l'homme ; elle est placée la dernière, comme la plus mystérieuse des oeuvres divines, et l'esprit du lecteur est tenu en suspens aussi longtemps qu'elle ne s'est pas produite. Tirée d'une des côtes de l'homme, la femme est pour lui comme une partie de son être, un complément inappréciable. En elle il trouve enfin cette aide nécessaire qu'il avait en vain cherchée parmi les autres créatures. Le terme hébreu qui exprime cette idée est suggestif : il évoque l'appui qu'en vertu de l'Alliance Dieu lui-même procure au peuple élu et à chacun de ses membres (Exode 18,4 ; Deuté­ronome 33,7,29 ; Psaume 33,24 ; 70,6 ;115,9 ; etc.) (3).

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