La joie dans l’oeuvre d’Olivier Messiaen

Jean-rodolphe KARS
La Joie - n°174 Juillet - Aout 2004 - Page n° 73

Le thème est au coeur de toute l'œuvre d'un des plus grands compositeurs du vingtième siècle. Parcourir quelques pièces majeures de ce maître est aussi parcourir les nuances et les interprétations théologiques présentes en ce riche langage musical.

LE grand compositeur catholique Olivier Messiaen (1908-1992), organiste titulaire du Grand Orgue de l’église de la Sainte Trinité à Paris de 1931 à 1992, se définissait lui-même comme un musicien de la Joie. Auteur d’une œuvre immense, fruit de plus de soixante années de créativité, il affirme qu’il n’aurait peut-être jamais rien composé s’il n’avait pas reçu la grâce de la foi, qui l’habite, selon ses dires, depuis sa petite enfance. L’aspect le plus important de son œuvre, «le seul peut-être que je ne regretterai pas à l’heure de ma mort», disait-il, c’est l’expression des vérités de la foi catholique. Toutes ses compositions rayonnent de cette splendeur des mystères révélés, explicitement dans la majorité de ses pièces, et souvent implicitement dans celles qui n’ont pas, au premier abord, de contenu «religieux».
Lorsqu’on parle de la joie dans l’œuvre de Messiaen, on pense, bien entendu, spécifiquement à la joie chrétienne (sujet d’une célèbre exhortation de Paul VI1), à cette joie qui est la vocation de ceux qui, par grâce, ont reçu la plénitude de la Révélation: «Ce qui était dès le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé, ce que nos mains ont touché du Verbe de vie, – car la Vie s’est manifestée: nous l’avons vue, nous en rendons témoignage et nous vous annonçons cette Vie éternelle, qui était tournée vers le Père et qui nous est apparue – ce que nous avons vu et entendu, nous vous l’annonçons... pour que notre joie soit complète» (1 Jean 1, 1-4). S’il fallait choisir une Parole de la Sainte Écriture pour qualifier la musique d’Olivier Messiaen, ce serait ce début de la première Épître de Jean. Indépendamment du thème plus spécifique de la Joie chez Messiaen, il y a déjà une joie spirituelle profonde qui se communique à l’âme à l’audition de beaucoup de ses œuvres: elles ont cette capacité de nous faire entrer en contact avec la substance des mystères contemplés, de nous faire toucher le Verbe de vie. C’est cette joie évangélique qui dilate l’âme lorsqu’on lit ou entend la Parole de Dieu, qu’on retrouve dans l’œuvre du compositeur, laquelle est souvent épiphanie sonore de cette plénitude de la Vérité communiquée par l’Écriture Sainte. Cette dilatation de l’âme peut parfois être éprouvée de façon analogue à l’écoute de Jean Sébastien Bach, cet autre musicien-théologien, chantre de la Parole de Dieu2.

 

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1. Gaudete in Domino, 1975.
2. «J. S. BACH et O. MESSIAEN sont les deux plus puissants “consolateurs” de la musique occidentale» (Harry HALBREICH, musicologue et ancien disciple du Maître).


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